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Mon coiffeur

Petite pause détente chez le coiffeur de mon shopping mall local. Pour moi les coiffeurs sont de fins observateurs de la société humaine. Allez les voir, c’est lire du Balzac.

Déjà, ils voient les choses d’un peu plus haut que le commun des mortels, assis sur son fauteuil tourniquet, ligoté par la protection synthétique et surtout en état d’infériorité puisque placé sous le ciseau créateur de beauté ou de désastre du coiffeur.  Et je ne parle pas de la séance chez le barbier (le magasin voisin)  où le pauvre client est menacé d’un coup de rasoir. L’autre boutique est un dentiste. Sans blague, c’est l’étage de tous les dangers. Mais qui dit dangers dit frissons, émotions, aventures…

Bon bref je vais me faire couper les cheveux, la même coupe depuis 6 mois, chez Willy, la routine, fini l’excitation des premiers jours. Et comme je le disais plus tôt Willy est un fin observateur et surtout il a toujours une petite histoire d’un autre client à raconter à la curieuse que je suis. Il suffit de lui lancer un mot magique.  Pas de secret médical chez les coiffeurs.

Aujourd’hui,  avec le mot Ado, j’ai eu droit au couplet sur le ravage des jeux vidéos sur les adolescents. Une de ses clientes, soumise sur son fauteuil tourniquet, se plaignait de voir son fils ado abruti devant les jeux vidéos, ne travaillant pas à l’école,  mou comme une éponge imbibée, l’ado typique somme toute. On en a tous un dans nos relations.

Je dis là que la mondialisation n’épargne pas les comportements, on va tous devenir pareils, abominable futur. Bon heureusement Willy le coiffeur est de retour et  va peut-être nous sauver de ce désastre planétaire et identitaire.

Dans sa sagesse quasi bouddhique, Willy le coiffeur a répondu du tac au tac à la malheureuse cliente, après l’avoir soigneusement interrogée sur ses comportements avec son ado, le ciseau dans une   main, le sèche cheveux dans l’autre :

« You get what you deserve, correct  laaaaah », je traduis  : vous n’avez que ce que vous méritez, le laaaaaaaaah fait office de ponctuation en anglais singapourien.  Ben oui, elle est trop bête, cette dadame, elle offre à son ado le dernier modèle d’ordinateur, avec les jeux y tout y tout.

Il est fort Willy en psychologie et en pédagogie, a t-il lu le dernier Naouri ? Bon, toujours est-il que je tire quatre points de conclusion de cette après-midi :

1) Ne jamais rien raconter à son coiffeur, sauf si on veut lancer une rumeur sur son ennemi juré.

2) Un coiffeur vaut un coach, question psycho et pédagogie, en plus on sort de son salon plus belle qu’avant (théoriquement)

3) Willy le coiffeur a certains points communs avec Jo le chauffeur de taxi.

4) Miraculeusement, malgré son débit verbal extrême, il coupe très bien les cheveux.

Quand même, j’ai toujours un peu peur quand emballé dans son histoire,  le ciseau brandi en l’air , il  s’arrête dans sa coupe, pour me demander mon approbation :  « I am right laaaaaaaaah ? » Et si je ne suis pas d’accord , il va me planter là, me laissant avec un côté long, un côté court.  Il faut vivre dangeureusement…. Singapour, c’est l’aventooooouuuuure.

 

Jo le taxi

Sans doute envahie par le tube de Vanessa Paradis, j’ai toujours appelé les personnes chargées du transport de mon honorable popotin Jo.

Et oui, en expat on voyage pas mal, on fait des excursions et on a au moins une fois par an les transferts d’aéroport à effectuer. Donc pour commenter discrètement le style de conduite du chauffeur de la voiture, du mini bus, du magbana, du pousse pousse, du tuk tuk, du taxi, du bateau et peut être un jour de l’hélico, j’ai choisi de l’appeler Jo.

 Jo conduit comme un pied, Jo connait Bangkok comme sa poche, Jo est plutôt beau gosse, la voiture de Jo a un trou dans le plancher et  Jo s’est complètement paumé dans Dakar, Jo fait du 80 sur une piste trouée, Jo est en train de m’arnaquer dans les grandes largeurs… bref dénomination commune hyper pratique.

Ces deux derniers jours, je suis partie aérer mon neurone en Indonésie, à Bintan. Bintan est le bon plan petit week end à la plage à une heure de Singapour où l’on quitte la forêt de gratte-ciel pour celle des cocotiers sur la plage.

Nauséeux s’abstenir car Jo le conducteur du ferry slalome entre les cargos, porte containers en transit dans le détroit. Bref passée cette légère incommodation, Jo le chauffeur du bus du resort vient vous chercher au Ferry terminal et vous guide vers un bus digne de Tintin et les Piccaros. Ensuite Jo à l’accueil vous conduit dans votre joli petit chalet avec vue sur  mer, ou dans votre luxueuse chambre d’hôtel ou dans votre maison privée perchée sur la colline etc. etc. Pour sillonner le resort, on peut aussi faire appel à Jo, le driver des golf cars. On a essayé de faire du stop mais ça n’a pas marché, on ne devait pas avoir l’allure de golfeurs avec notre mine écrevisse, nos paréos à fleurs et nos tongues délavées.

Bref, que de Jo sur le chemin de nos vacances. Vacances merveilleuses, où l’on a pu faire du banana boat tiré par Jo le conducteur du bateau et du snorkeling (ça fait top mais en fait c’est juste de la plongée avec tuba pour ceux qui ne savent pas). Toujours avec nos paréos, le litre de crème solaire, sous une chaleur bestiale, nous embarquâmes sur le hord-bord pour aller admirer les jolis petits poissons multicolores sous les rayons du soleil indonésien. On s’installe, on met la casquette, on hume l’air marin et le capitaine se présente :

– Welcome on board, my name is JO….